| Titre : | L’Europe vers la puissance ? : Editorial (2026) |
| Auteurs : | Béatrice Giblin, Auteur ; Sylvain Kahn, Auteur |
| Type de document : | Article : Article de revue |
| Dans : | Hérodote (N°199, 2025/4) |
| Article en page(s) : | Pages 3 à 10 |
| Langues: | Français |
| Sujets-matières : |
Union européenne
géopolitique relations internationales |
| Résumé : | Quand nous avons choisi ce thème au printemps 2025, soit deux mois à peine après l’investiture de Trump, nous avions sans doute encore un certain optimisme dû à ce qui semblait être un réveil politique de l’Union européenne (UE) depuis l’invasion de la Russie en Ukraine. Alors que nombreux étaient les oiseaux de mauvais augure qui annonçaient sa désunion, n’était-elle pas toujours unie malgré ses désaccords sur l’attitude à avoir envers le gouvernement de Poutine ? Même si les deux Premiers ministres pro-russes Viktor Orbán (Premier ministre de la Hongrie) et Robert Fico (Premier ministre slovaque) manifestent leur opposition à chaque train de sanctions imposées par l’UE à la Russie [1], in fine, ils ne les bloquent pas, se contentant de s’abstenir, preuve que les mannes financières européennes contribuent à rendre ces deux leaders réalistes. Mais plusieurs évènements au cours de l’été 2025 ont clairement montré que l’UE ne pesait guère dans les affaires du monde. En effet, le sommet de l’OTAN à La Haye en juin 2025 en présence de Trump a eu pour résultat majeur l’acceptation par les Européens de porter leur budget de défense à 5 % de leur PIB, succès monumental pour Trump qui, en contrepartie, affirme s’engager à soutenir l’Ukraine contre la Russie dans le long terme. Cet engagement était primordial pour les Européens, incapables sans l’engagement américain d’honorer leur soutien militaire à l’Ukraine. Ils ont dû en payer le prix fort puisque ces budgets colossaux seront difficiles à assumer pour plusieurs d’entre eux. Autre preuve de la faiblesse de l’UE, la rencontre de Trump à Turnberry, en Écosse, avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen contrainte d’accepter 15 % de droits de douane pour les importations européennes aux États-Unis sans aucune réciprocité pour les importations américaines en Europe, au nom d’un fallacieux rééquilibrage entre les balances commerciales des États-Unis et de l’UE, rééquilibrage réel pour les biens matériels mais totalement faux pour les services très largement bénéficiaires pour les Américains. En outre, ces accords ne s’accompagnent pas d’un véritable engagement écrit, enregistré en bonne et due forme par les deux parties, et ils n’ont de ce fait qu’une valeur relative que Trump peut ne pas respecter. Précisons aussi que cet accord a été consenti dans le resort d’un des deux golfs écossais de Donald Trump, entre deux parties de golf : autre marque de son mépris envers l’UE et sa représentante. Enfin, dernier élément marquant la faiblesse de l’UE, la rencontre le 15 août 2025 en grande pompe à Anchorage, en Alaska, donc aux États-Unis, entre Donald Trump et Vladimir Poutine, ennemi déclaré de l’UE, un temps isolé sur la scène internationale occidentale et réhabilité avec quelque faste par le président des États-Unis. Même si cette rencontre n’a débouché sur rien et surtout pas sur un cessez-le-feu clairement récusé par Vladimir Poutine, l’humiliation des Européens (sauf pour Viktor Orbán et Robert Fico) était grande de le voir savourer son retour sur la scène internationale et faire de nouveau partie des grands de ce monde en traitant d’égal à égal avec le représentant de la première puissance mondiale. |
| Fonds : | Courant |

