| Titre : | Les fake news comme brèche spatio-temporelle dans l’actualité événementielle (2025) |
| Auteurs : | Ali Ahmadi, Auteur ; Jean-Claude Soulages, Auteur |
| Type de document : | Article : Article de revue |
| Dans : | Hermès, La Revue (n° 96, 2025/2) |
| Article en page(s) : | Pages 129 à 134 |
| Langues : | Français |
| Sujets-matières : |
société
désinformation |
| Résumé : | Des calendriers liturgiques aux temporalités agricoles ou scolaires, le balisage du temps a toujours été rattaché à des modes de socialité. Depuis deux siècles en Occident, la division du travail et la déterritorialisation des populations ont contribué, sous l’égide des États-nations, à donner le jour à des citoyens et citoyennes assujettis à la même temporalité. Urbanisés et salariés, ces derniers se sont trouvés immergés dans une solidarité et une interdépendance organiques telles que les a décrites Émile Durkheim. Dès les années 1950, en Europe et dans le sillage des États-Unis, ce sont la consommation et la prévalence d’une économie de marché qui vont proposer un nouvel horizon temporel. Le jackpot de la consommation et les bienfaits de l’État providence vont exacerber l’individualisation de nouveaux citoyens-consommateurs et leur offrir un rythme de vie inédit. Les industries culturelles et les médias de masse vont fertiliser ce terrain et prendre la main en assignant une même temporalité médiatique à leurs publics, celle de la radio puis celle de la télévision, qui prennent le relais des médiateurs de la tradition pour générer un soft power sur mesure. Cette temporalité s’organise majoritairement autour d’événements programmés qui s’efforcent d’homogénéiser le social, les imaginaires et les rythmes de vie. Cette citoyenneté inclusive assurée par le tempo des oligopoles médiatiques œuvre à conforter le lien entre les institutions et la société en secrétant l’agenda de l’actualité d’un monde commun. Leur intrusion dans l’espace domestique a assigné une relation immédiate et continue de proximité avec les citoyens qui a fissuré la muraille dressée entre espace privé et espace public. Si la presse et la littérature proposaient déjà un certain face-à-face, les médias de masse ont imposé leur filet temporel, celui du temps réel et un agenda de l’actualité qui a servi à la société civile de boussole, de pédagogue, de garde-fou et dans le même temps de métronome de l’espace public. Depuis près d’un siècle, c’est à travers cette bulle temporelle de réflexivité que la société se parle à elle-même assurant le maintien et le renouvellement du paysage des événements, des identités et des rôles sociaux. A ainsi vu le jour une véritable « communauté imaginée » (Anderson, 2006 [1983]), celle du grand public des oligopoles médiatiques. |
| Fonds : | Courant |

