| Titre : | Courrier hebdomadaire du CRISP, n°2003-2004 - 2009 - Le mouvement Attac en Belgique |
| Type de document : | Bulletin : Numéro de revue |
| Paru le : | 01/01/2009 |
| Année de publication : | 2009 |
| Langues : | Français |
| Sujets-matières : |
science politique
élections société partis politiques |
| Index. décimale : | 32000 (Science politique. Vie politique. Partis politiques et mouvements d'idées. Politique intérieure. Elections. ) |
| Résumé : |
Le mouvement altermondialiste a été parmi les premiers à dénoncer le néolibéralisme, la mondialisation et la finance, aujourd’hui remis en cause par la crise. Revenir sur l’une de ses composantes, Attac en Belgique, apparaît particulièrement pertinent dans le contexte actuel.
Plusieurs événements à partir du milieu des années 1990 marquent les débuts de l’altermondialisme. Le soulèvement des Zapatistes mexicains en 1994, au moment de l’entrée en vigueur de l’Accord de libre échange nord-américain (ALENA), inscrit sa critique de la politique du gouvernement mexicain dans une dénonciation plus générale de la mondialisation néolibérale. De grands mouvements de grève en France au milieu des années 1990 contre les réformes des retraites préfigurent également certains des thèmes de l’altermondialisme. Tout comme les Marches européennes contre le chômage, la précarité et les exclusions lancées en 1997. La manifestation de Seattle en 1999 contre le sommet de l’OMC marque aussi une étape fondamentale dans la naissance du mouvement. Le premier forum social mondial qui se tient en 2001 à Porto Alegre se veut ensuite une critique radicale du forum économique de Davos et le lieu d’incubation de propositions pour construire « un autre monde ». Le mouvement altermondialiste se structure par la suite autour de la tenue de ces sommets, au Brésil d’abord, puis sur d’autres continents. En 2002 a lieu le premier forum social européen, à Florence. Celui-ci se déroule depuis lors tous les ans dans une ville différente. Le mouvement altermondialiste, très pluriel, rassemble des syndicats, des associations défendant les précaires ou les chômeurs, des organisations paysannes, des ONG de développement, de défense des droits de l’homme, environnementales. Ces acteurs contestent un système économique favorisant le capital au détriment de l’être humain. Le forum social est l’espace démocratique où sont censés s’élaborer la critique et les alternatives, dans le respect de la diversité intrinsèque au mouvement. Comme le stipule sa charte fondatrice : « Le forum social mondial est un espace de rencontre ouvert visant à approfondir la réflexion, le débat d’idées démocratique, la formulation de propositions, l’échange en toute liberté d’expériences, et l’articulation en vue d’actions efficaces, d’instances et de mouvements de la société civile qui s’opposent au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme, et qui s’emploient à bâtir une société planétaire axée sur l’être humain [1]. » L’alternative est de défendre les droits de l’être humain, ce qui nécessite aux yeux de ses promoteurs, l’élaboration de nouvelles institutions démocratiques et sociales au niveau mondial, ou autrement dit, une « autre mondialisation » : les alternatives proposées visent « à faire prévaloir, comme nouvelle étape de l’histoire du monde, une mondialisation solidaire qui respecte les droits universels de l’homme, ceux de tous les citoyens et citoyennes de toutes les nations, et l’environnement, étape soutenue par des systèmes et institutions internationaux démocratiques au service de la justice sociale, de l’égalité et de la souveraineté des peuples [2] ». Ainsi, si le mouvement altermondialiste n’a pas cherché jusqu’à présent à élaborer une alternative cohérente et détaillée au système qu’il critique, le principe sur lequel cette alternative devrait être pensée est l’accès aux droits pour tous [3]. Depuis plusieurs années, des observateurs diagnostiquent une crise du mouvement. L’intérêt des médias qui s’était peu à peu affirmé a reflué à partir de 2004 pour différentes raisons : le phénomène a perdu de sa nouveauté, le manque de porte-parole officiel et de lignes claires à l’issue des forums a réduit sa visibilité et d’autres priorités ont été mises à l’agenda au niveau mondial qui ont éclipsé le thème des mobilisations altermondialistes, comme le terrorisme islamiste ou le changement climatique [4]. Par ailleurs, certaines critiques contre l’organisation des forums ont aussi contribué à amoindrir l’attrait du mouvement. Ainsi, les idéaux de consensus et de participation sont contredits par un fonctionnement dans les faits assez élitiste et hiérarchique, une petite minorité influant fortement sur l’organisation concrète [5]. De plus, on observe ces dernières années une certaine institutionnalisation du mouvement, étant donné le poids croissant qu’ont acquis en son sein les organisations subventionnées le plus souvent issues des pays du Nord [6]. Cette évolution contraire à l’idéal d’ouverture censé guider le mouvement altermondialiste et les forums sociaux nourrit une critique portant sur sa représentativité. Enfin, le mouvement a été affaibli par une division croissante en son sein entre ceux qui veulent le maintenir en l’état, comme une coordination souple, pluraliste et indépendante des partis et des gouvernements, et ceux qui souhaitent le politiser davantage, en lui donnant une ligne plus claire et en le rapprochant des partis et des gouvernements progressistes [7]. D’autres observateurs relativisent cette crise, en soulignant la capacité de l’altermondialisme à s’élargir, des points de vue géographique, social et thématique. Concernant l’extension géographique des participants et des organisateurs, on peut souligner que si ceux-ci provenaient surtout au départ des continents européen et latino-américain (en particulier de la France et du Brésil), petit à petit l’Afrique et l’Asie ont accru leur participation, comme en témoigne la tenue sur ces continents de certains des forums mondiaux des dernières années (à Bombay en 2004, à Bamako, Caracas et Karachi en 2006 et à Nairobi en 2007 [8] ). Sur le plan des mobilisations, un certain nombre d’événements illustrent la vigueur de l’altermondialisme dans plusieurs endroits du monde : rien qu’en juin 2007, se sont produits les médiatiques mobilisations contre le G8 dans le Nord de l’Allemagne, le premier forum social des États-Unis et le premier forum social congolais [9]. Par conséquent, si l’altermondialisme est certainement en perte de vitesse dans ses États fondateurs comme la France ou l’Italie, il continue à prospérer dans d’autres régions du monde. Et même en Europe il est loin d’être anéanti. Les forums sociaux européens continuent à attirer plusieurs milliers de personnes. Le mouvement est à l’origine de mobilisations importantes, telles que les campagnes contre le Traité constitutionnel européen ou la manifestation contre le G8 en Allemagne à l’été 2007. En 2005, l’Association pour une taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens (Attac), qui constitue l’une des chevilles ouvrières du mouvement altermondialiste depuis ses origines, est confrontée à des défis similaires. Elle n’est plus dans une période ascendante de son existence. La crise qu’a connue Attac-France en 2005 est symptomatique à cet égard et a accentué les difficultés des Attac ailleurs dans le monde. Analyser cette association en Belgique, outre le caractère inédit du projet, peut permettre de mieux comprendre le mouvement altermondialiste de l’intérieur. Avant de commencer ce travail, il est néanmoins nécessaire de revenir un instant sur Attac-France car elle a fortement influencé les autres Attac en Europe et en particulier en Belgique. Attac-France est née en 1998 à la suite d’un éditorial du Monde diplomatique d’Ignacio Ramonet appelant à « désarmer les marchés financiers [10] ». Ce journal, adversaire du néolibéralisme depuis les années 1990 [11], décida dans un contexte de graves crises financières au niveau mondial de lancer une association visant à lutter contre la « dictature des marchés financiers » et à « reconquérir les espaces perdus par la démocratie au profit de la sphère financière [12] ». Se définissant comme « un mouvement d’éducation populaire tourné vers l’action », l’une des ambitions premières d’Attac-France était de constituer une expertise alternative, notamment à travers la création d’un « conseil scientifique » comprenant des économistes, des sociologues et des militants syndicaux. Sa cible étant la mondialisation néolibérale, les thèmes d’intervention et de revendication d’Attac-France débordèrent rapidement les questions strictement financières et s’étendirent au chômage, à la pauvreté, aux médias, aux services publics, au genre, à la démocratie, au développement, au commerce, à la marchandisation du vivant… Elle commença aussi à s’intéresser aux questions européennes à partir du Conseil européen de Nice en 2000 et, après avoir suivi de près les travaux de la Convention pour l’avenir de l’Union, elle s’engagea résolument contre le Traité constitutionnel. Après une campagne très fructueuse, l’association est entrée dans une profonde crise liée à des conflits interne [13], et qui déboucha sur un changement complet de direction. Attac en Belgique est née peu après Attac-France. Même si sa partie francophone, la plus dynamique, a toujours été très proche de sa grande sœur française, les conditions de son apparition et de son évolution sont en partie idiosyncrasiques. Ce Courrier hebdomadaire analyse ces spécificités. Il porte essentiellement sur la partie francophone de l’association, car celle-ci n’a pas réussi à construire des racines durables en Flandre, notamment à cause d’une incapacité à y établir des groupes locaux. Étant donné cette marginalité du côté flamand, la Coordination Attac-Belgique n’a fonctionné que très peu de temps, laissant ensuite la place à des évolutions différenciées dans les deux aires linguistiques. Comme très peu de recherches ont été menées sur Attac en Belgique, ce travail s’appuie sur des interviews et la lecture de sources primaires. Il repose sur une approche qui ambitionne de comprendre l’objet d’étude de l’intérieur. Cette approche compréhensive part du sens attribué par les acteurs à leurs propres comportements [14]. La première partie revient sur la genèse de l’association et les tensions qui l’ont caractérisée dès le départ, de 2000 à 2004. Elle tente de clarifier les différentes conceptions qui s’affrontaient alors au sein de l’association en partant de certains événements et controverses spécifiques. Cette partie analyse la manière dont ces conflits ont été gérés et ce qu’il en reste aujourd’hui. S’éloignant un instant de la perspective compréhensive de ce travail, elle propose aussi certaines pistes explicatives aux clivages présentés en se plaçant dans une approche plus externe à l’objet d’étude. La deuxième partie se penche plus en détails sur l’idéologie et la stratégie d’Attac en Belgique après cette période de crise en soulignant les divergences internes qui subsistent et en apportant un éclairage sur les enjeux théoriques sous-jacents à cette diversité idéologique. Après avoir récapitulé les principaux enseignements de ce travail, la conclusion rappelle un certain nombre d’enjeux pressants auxquels doit aujourd’hui faire face le mouvement altermondialiste. |
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| 108091 | n.c. | Revue | Centre de documentation | Magasin | Disponible |



